Une heure, un livre : Simon Brown

La première édition d’Une heure, un livre présentera Le schizo et les langues, de Louis Wolfson

vendredi 30 mai, 2014 à 18h

Ce printemps, Artexte lance une nouvelle série, intitulée Une heure, un livre. Artistes et chercheurs de nombreuses disciplines sont invités à présenter un livre de leur choix. Ces présentations peuvent se faire sous forme de lectures, de causeries, de projections ou de performances, et ouvrent à la discussion. Les livres peuvent provenir de la collection d’Artexte ou appartenir à l’invité(e). Ceux qui sont choisis à l’extérieur d’Artexte seront acquis pour enrichir la collection. Les rencontres sont suivies d’une réception.

En 1963, les éditions Gallimard reçoivent un manuscrit intitulé Le schizo et les langues ou la Phonétique chez le psychotique (Esquisses d’un étudiant de langues schizophrénique). Le texte, de plusieurs centaines de pages dactylographiées, est l’oeuvre d’un jeune schizophrène New-Yorkais (et plus tard Montréalais) du nom de Louis Wolfson.

Dans Le schizo et les langues, Wolfson décrit dans le menu détail, à la troisième personne et dans un français érudit mais excessivement boiteux, l’étrange procédé par lequel il arrive à « effacer » de son esprit tout vocable de sa langue maternelle lu ou entendu. Car la présence extérieure ou intérieure de mots en anglais lui est extrêmement souffrant et susceptible de déclencher des crises psychotiques chez le « jeune homme malade mentalement ». Aussitôt qu’un mot anglais lui « pénètre », Wolfson le « neutralise » en le remplaçant immédiatement par un homonyme ou quasi-homonyme de l’une des quatre langues qu’il étudie. Le mot choisi doit avoir un sens apparenté au mot anglais substitué, afin qu’il puisse par la suite reconstruire le sens de la phrase originale à partir des fragments polyglottes ainsi produits.

Sous la forme d’une causerie informelle, je tenterai d’une part d’expliquer et de faire une démonstration de la méthode traductive décrite par Wolfson dans Le schizo et les langues, et d’autre part, de poser une question :  toute compréhension langagière ne serait-elle pas finalement une sorte de transcodage personnalisé et compulsif, voire psychotique ? SB

Simon Brown s’intéresse au langage, au presque-imperceptible et aux possibilités émancipatrices de l’échec. Ses textes et interventions ont été présentés sous plusieurs formes et dans divers contextes : festivals de performance, livres de poésie, panneaux publicitaires, pages de journaux et conférences, entre autres. Il vit et travaille à Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, en Montérégie.